Le ghosting ou disparaitre du monde digitale

16 novembre, 2015 (17:05) | santé | By: admin

Le “goshting”, littéralement tiré de l’anglais “fantôme”, consiste à disparaitre pour éviter la confrontation, dans le cas d’une rupture sentimentale par exemple. Ce phénomène est-il nouveau ? Dans le champs de la culture humaine, il n’y a pas ou peu d’inédits. Par contre, nous renouvelons perpétuellement les anciens thèmes racontés par les siècles. Dans ces renouvellements il y a toujours des formes surprenantes. Le “ghosting” auquel vous faites référence est la réactualisation d’un ancien thème, qui pourrait être le thème des mystes. Les mystes sont ces détenteurs d’un secret, d’un non-dit, d’une chose cachée et tenue à l’écart de l’homme de la rue. Étymologiquement, le “upsilon” des “mystes” est le “y” de mystères, mais aussi le “u” que l’on retrouve dans “muet”, et dans l’anglais “mute”, c’est-à-dire quelque chose que l’on a tû, que l’on écarte des oreilles des autres. Le ghosting est une manière de se retirer de la prononciation, de s’extraire du discours social. Mais avec une variation : il renvoie immédiatement à la question du corps. Du corps présent, et du corps absent. Dans votre question, vous parlez immédiatement du contexte amoureux : c’est celui dans lequel le corps est toujours en perspective : perspective du toucher, de la fusion, du dégoût, du frôlement… Il n’y a pas des milliards de formes archétypales où le corps s’exprime (par sa présence ou par son retirement). Le lecteur de Barthes le sait : on se sent un peu violé en lisant les Fragments du discours amoureux, qui est un livre qui parle si intimement de nous alors qu’il parle en réalité du tout-à-l’avenant. Mais on peut toujours trouver des configurations nouvelles. Le “ghosting” est ainsi une manière de retirer son corps du discours social. De devenir le seul capable de parler de lui, de priver les autres d’agir sur lui, de faire de soi un secret pour l’autre. D’un côté c’est la preuve d’une force de caractère : on se retire d’un courant qui, pourtant, exprime du désir pour nous. D’un autre, c’est très commode : on tait aussi, presque magiquement, les voix de ceux qui ont quelque chose à nous dire. A l’ère du tout-numérique, où on peut facilement suivre la vie d’une personne sur les réseaux sociaux, ou la contacter à tout moment par internet, est-ce que phénomène est amplifié ? Le soi a toujours été une sorte de commodité, un bien d’échange. C’est la question de l’intimité qui se joue ici : où mon intimité commence-t-elle, qu’est ce que j’accepte de montrer de moi pour trouver ma place parmi mon époque ; et qu’est ce que je retire du marché courant, qu’est-ce que je me réserve. Cette dernière partie de nos vies est touchée par quelque chose de sacré. Sa valeur grandit. Elle devient comme de l’or. Nous la gardons jalousement comme le dragon. C’est toujours un bien d’échange, mais avec un tout petit nombre d’élu(e)s. A un moment de l’histoire où nous sommes obnubilés par la question de la relation, le soi est plus que jamais le centre d’un commerce. Un commerce des affects, un commerce amoureux, un commerce de l’égo. En conséquence de quoi, il nous arrive parfois d’emprunter un peu à la tirelire de l’intimité sacrée, pour habiller telle ou telle transaction sociale. On vend de la pudeur.